08.02.2011
Récursivité
La vérité n'est pas constituée de cette matière dont on forme les idées. Elle est vivante, elle a ses exigences, ses goûts et même elle craint par-dessus tout, par exemple, ce qui en notre langage s'appelle l'incarnation.
Elle en a peur comme tout ce qui est vivant a peur de la mort. C'est pour cela que celui-là seul peut la voir, qui la cherche pour soi-même et nous pour les autres, qui a fait le voeu solennel de ne pas transformer ses visions en jugements obligatoires pour tous et de ne jamais rendre la vérité tangible. Quant à celui qui veut s'emparer de la vérité, qui veut la saisir dans ses brutales mains humaines, qui veut l'incarner, afin de pouvoir ensuite la montrer partout et à tous, celui-là est condamné à de continuelles déceptions ou bien à vivre d'illusions, car toutes les vérités incarnées ne furent jamais que des illusions incarnées.
Léon Chestov, Le pouvoir des clefs
Ce doit être ce satané esprit mâtiné d'informatique qui me fait penser qu'une méta-idée de la vérité, telle que celle de Chestov ci-dessus, aussi dynamique et puissante soit-elle, tomberait encore sous le coup de son propos. Et d'ajouter à l'illusion.
En informatique il y a une erreur redoutable pour ce genre d'opération infinie qui finit par prendre toutes les ressources : segmentation fault - core dumped.
18:55 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : léon chestov, pouvoir des clefs, vérité
27.08.2010
Veilleuse

07:20 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ingmar bergman, l'heure du loup
26.08.2010
Palpitation

Dans les enfers, dans les entrailles. Car les «entrailles» sont la métaphore qui — plus fidèlement et plus largement que le terme psychologique et moderne de «subconscience» — rend compte de l'originaire, sentiment irréductible premier, de l'homme dans sa vie, dans sa condition d'être vivant. De la mécanique de l'horloge qui mesure et éprouve le temps, de la vibration solitaire, muette et qui sort de son silence dans le cri, dans les pleurs ; qui se paralyse dans l'angoisse et qui s'enferme hermétiquement dans de tels états, si propres à l'homme moderne, d'où sort sa fréquente pseudo-liberté. C'est dans les entrailles, dans leur sentiment irréductible qu'apparaît le sentiment du néant ; le néant qui ne peut être idée, car il est ce qui dévore, ce qui dévore le plus : ce qui est «autre» et menace ce que l'homme possède d'être ; une pure palpitation des ténèbres.
María Zambrano, L'homme et le divin
20:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ingmar bergman, à travers le miroir, maría zambrano
14.08.2010
Mémoires
Il faut devenir un numismate du temps, en avoir une vision microscopique, examiner ses moindres reliefs, caresser ses aspérités, mordre dedans pour en dire la texture ; ainsi, j'ai collectionné le temps, j'ai anthologisé mes temps. Cependant, cet exercice ne participe guère de la mémoire, à tout le moins la mémoire que je qualifierai de gymnaste, celle, studieuse et abêtie par le par cœur, qui n'a de dessein que la virtuosité et qui sonne creux, mais procède d'une mémoire sensible, intuitive et fulgurante qui établit des correspondances. Par cette mise en écho, on ralentit le temps, on le fige presque.
Arnaud Bordes, Disjecta Membra, in Le plomb
10:41 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arnaud bordes, le plomb
10.08.2010
Puzzle

D'étranges caresses
Main contre visage
frôlant le duvet de la joue
Doigts à la peau fissurée
La main est large
D'étranges yeux qui grandissent
"Espérer", "observer" et "se souvenir"
sont de retour
Toi aux nombreux visages !
En voilà un
En voici un autre
Une étrange accalmie
dans l'Espace-entre-nous
Göran Tunström, Chants de jalousie
De quoi s'agit-il, Johan, toi qui a lu, qui est le je en nous ? Ça ne peut pas être ce bourdonnement de voix toutes aussi fortes les unes que les autres qui nous tirent par-ci, par-là, il ne peut y avoir de noyau derrière cette angoisse.
[...]
La vie humaine est un puzzle, Juge. On tourne et retourne des morceaux qui semblent ne s'insérer nulle part. On les approche sous la lumière et on examine de plus près les nuances de leur bleu ou de leur rouge, mais on les force à se mettre là où il ne faut pas, on rejette tout cela sans pour autant devenir libre.
Göran Tunström, Le voleur de Bible
07:10 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ingmar bergman, persona, göran tunström